1. Origines et contexte historique

1.1 Le Japon féodal et le rôle du shinobi
Pour bien comprendre le Ninjutsu, il faut d’abord connaître le contexte du Japon féodal. Le pays était alors divisé en plusieurs territoires gouvernés par des daimyō, tandis que les guerriers formaient la classe dominante. Fidèles à leur seigneur, ces guerriers protégeaient leur domaine par le sabre. Cependant, dans un contexte de guerres incessantes et de luttes de pouvoir, de nombreuses situations exigeaient des actions discrètes et des activités d’espionnage, au-delà du seul affrontement direct. C’est ici qu’intervenaient les ninja, ou shinobi (忍び). Ils soutenaient les daimyō par le renseignement, le sabotage ou l’infiltration, en recourant à d’autres moyens que le combat ouvert.
Le Ninjutsu s’est développé pour répondre à ces besoins tactiques et stratégiques. À la différence des guerriers qui occupaient une place visible, les ninja auraient établi leurs bases dans des régions reculées ou montagneuses, comme Iga et Kōga, et transmis secrètement leurs techniques propres au sein des familles et des clans. Vivant dans des environnements géographiquement difficiles, ils étaient appréciés pour leurs capacités de survie, leur discrétion et leur souplesse d’esprit. De ces aptitudes s’est progressivement constitué un ensemble de techniques variées.
1.2 Le développement des écoles de Ninjutsu
Au fil des siècles, plusieurs écoles de Ninjutsu sont apparues et se sont transmises de génération en génération. Parmi les écoles représentatives figurent le Togakure Ryū, le Gyokko Ryū, le Kotō Ryū et le Kumogakure Ryū. Chacune possède des particularités techniques, stratégiques et philosophiques, et a transmis ses propres enseignements secrets.
Le Togakure Ryū, en particulier, est considéré comme l’une des écoles les plus anciennes ; la tradition en attribue la fondation à Togakure Daisuke. Il est connu pour avoir transmis des méthodes très diverses : Taijutsu, techniques d’armes, dissimulation et renseignement, entre autres.
1.3 L’existence de documents anciens
Plusieurs textes, ou documents anciens, ont été compilés afin de transmettre les connaissances du Ninjutsu aux générations suivantes. Parmi les plus célèbres figurent les quatre suivants :
Bansenshūkai (『万川集海』)
Un ouvrage important attribué à Fujibayashi Samuji Yasutake, couvrant les stratégies, les ruses et les principes de conduite des ninja.
Ninpiden (『忍秘伝』)
Un ouvrage qui aurait été transmis au sein de l’Iga Ryū, présentant l’état d’esprit du shinobi et de nombreux enseignements secrets.
Shōninki (『正忍記』)
Présenté comme une compilation des traditions du Kishū Ryū, il décrit en détail la dissimulation, l’observation et les tactiques psychologiques.
Ninpō Ikkan (『忍法一貫』)
Un document ancien fréquemment mentionné dans les lignées du Bujinkan. Il aborde l’essence de la voie du shinobi et l’importance du développement intérieur.
Ces documents sont parfois rédigés dans un langage codé ou métaphorique. Leur interprétation et leur transmission orale ont contribué à préserver le caractère « secret » des enseignements du Ninjutsu. Il est intéressant de constater qu’ils approfondissent la spiritualité et la philosophie, au-delà des seules techniques de combat.
2. Philosophie et principes fondamentaux
2.1 Ninpō : un esprit d’endurance et un principe supérieur
Le terme « Ninpō » est employé presque comme un synonyme de « Ninjutsu ». Cependant, par rapport à jutsu (術 : technique, méthode), hō (法 : loi, principe) suggère une spiritualité plus profonde et un principe universel. Nin (忍) signifie patienter ou endurer, tout en évoquant aussi la discrétion et la dissimulation. Le Ninpō peut donc être considéré comme une notion globale associant fortement l’entraînement spirituel et la réflexion philosophique à sa dimension technique.
Dans la pensée du Ninjutsu, l’esprit de nin — la disposition à supporter l’adversité et à s’adapter à toute situation — est considéré comme essentiel. Cette attitude s’applique également à la vie quotidienne : elle cultive une attention constante à l’instant présent et une manière souple de répondre à l’environnement et aux circonstances.
2.2 Souplesse, discrétion et détermination
Les éléments suivants peuvent être considérés comme les trois piliers de la mentalité du ninja :
Souplesse
Développer la capacité à réagir immédiatement à l’imprévu, en utilisant tantôt la force, tantôt la stratégie, en agissant seul ou en coordination avec des compagnons, sur des terrains variés.
Discrétion
Apprendre à se dissimuler physiquement, mais aussi à rester discret sur les plans mental et social.
Détermination — kakugo (conscience accrue)
S’entraîner à percevoir l’environnement et les mouvements de l’adversaire avec une conscience à 360 degrés, tout en observant calmement son propre état intérieur. La méditation et l’introspection peuvent y contribuer.
2.3 L’équilibre entre compassion et nécessité de combattre
Alors que l’image du ninja assassin ou impitoyable est largement répandue, de nombreuses écoles accordent une grande importance à la formation morale et spirituelle. Le sabotage ou l’assassinat sont considérés comme des recours exceptionnels ; la véritable voie du shinobi est présentée comme refusant la violence gratuite.
Cela peut sembler contradictoire, mais il s’agit avant tout d’employer la force nécessaire au service d’un objectif juste. Agir dans l’ombre pour préserver la paix et la stabilité, plutôt que pour nuire à autrui, pourrait ainsi représenter l’idéal du ninja.
3. Les techniques fondamentales du Ninjutsu
3.1 Taijutsu : l’art d’utiliser le corps
Le Taijutsu (体術) désigne les techniques de combat à mains nues ou avec des armes très simples. Il comprend notamment les éléments suivants :
Daken Taijutsu (打拳体術)
Les techniques de frappe mobilisant tout le corps : coups de poing, de pied, de coude et de genou.
Jūtaijutsu (柔体術)
Les projections, les clés articulaires, les étranglements et les immobilisations, entre autres.
Taihenjutsu (体変術)
Les techniques de mobilité et de déplacement : ukemi, roulades, franchissements par saut et jeux de jambes.
Le Taijutsu du Ninjutsu se caractérise par l’habileté à détourner ou à absorber les mouvements et la force de l’adversaire. Sans s’enfermer excessivement dans les postures ou les trajectoires traditionnelles, il recherche souvent des angles et des moments inattendus.

3.2 Buki Jutsu : le maniement d’armes variées
Le Ninjutsu fait intervenir des armes très diverses. L’une des forces du ninja réside dans sa capacité à les choisir selon la situation et l’objectif, puis à les manier avec aisance. Parmi les armes représentatives figurent :
Katana et ninjatō (刀・忍者刀)
À la différence du katana symbolisant le guerrier, le ninjatō est un peu plus court et conçu pour être plus facile à dissimuler et à manier dans les espaces restreints.
Shuriken (手裏剣)
Ils présentent des formes très variées, notamment cruciformes ou droites. Ils servent à faire hésiter un adversaire éloigné ou à entraver l’emploi de ses armes.
Kusarigama (鎖鎌)
Une arme composée d’une faucille reliée à un poids par une chaîne. Elle permet l’attaque et la défense à courte comme à longue distance.
Bō et hanbō (棒・半棒)
Les différentes techniques de bâton, notamment le bâton de six shaku (bâton de trois shaku), font l’objet de pratiques communes aux arts martiaux anciens.
Tantō (短刀)
Un poignard adapté au combat rapproché ou à une utilisation dans l’obscurité.
Les ninja valorisent aussi une pensée souple permettant d’utiliser comme armes des objets quotidiens ou des éléments naturels.
3.3 Techniques de dissimulation et d’infiltration
Les techniques permettant d’agir sans attirer l’attention constituent ce que l’on pourrait appeler la spécialité du Ninjutsu. Elles comprennent notamment les pratiques et aptitudes suivantes :
Marcher sans faire entendre ses pas : placement des pieds, respiration et synchronisation avec les bruits environnants.
Se déplacer discrètement en utilisant la végétation et le relief : camouflage et déplacements dans l’obscurité.
Repérer les points faibles d’un bâtiment et concevoir des moyens d’y entrer par des passages dissimulés ou depuis un point élevé.
Détourner l’attention de l’adversaire par le déguisement, la psychologie ou la diffusion d’informations trompeuses.
Ces techniques exigent en permanence une grande concentration et une observation calme.
3.4 L’utilisation des éléments naturels : Katon, Suiton, Doton et autres
Le Ninjutsu transmet également des méthodes utilisant habilement les éléments naturels : le feu (Katon, 火遁), l’eau (Suiton, 水遁), la terre (Doton, 土遁), le vent ou l’air. Dans la pratique, il s’agit surtout d’applications tactiques plutôt que magiques : Katon désigne l’emploi du feu pour produire des écrans de fumée ou des explosions ; Suiton concerne les actions sous l’eau et l’utilisation des voies d’eau ; Doton consiste à aménager des possibilités de dissimulation grâce au sol ou au terrain.

4. Spiritualité et éléments ésotériques
4.1 L’influence du Mikkyō et du Shugendō
Certaines écoles de Ninjutsu ont intégré des pratiques du bouddhisme ésotérique Shingon et du Shugendō à leur formation spirituelle. Il s’agit, par exemple, de l’idée de renforcer le ki et la concentration par des méthodes ésotériques telles que les sceaux des mains, la récitation de mantras ou la visualisation.
L’influence du Shugendō, qui comprend des pratiques ascétiques en montagne, ne peut pas non plus être négligée. Les austérités comme le takigyō, la pratique sous une cascade où le corps reçoit pleinement la force de la nature, étaient considérées comme utiles à l’entraînement du corps et de l’esprit.
4.2 Kuji Goshinhō et Kuji-kiri
Des traditions parmi les ninja attribuent à la formation des kuji une fonction de protection et de renforcement de l’esprit. Les kuji-in du bouddhisme ésotérique se composent des neuf sceaux des mains et mantras suivants :
臨 — Rin : force
兵 — Pyō : énergie
闘 — Tō : harmonie
者 — Sha : guérison
皆 — Kai : intuition
陣 — Jin : sensibilité
列 — Retsu : perception de l’espace
在 — Zai : contrôle des éléments
前 — Zen : éveil
Leur pratique et leur interprétation varient selon les écoles et les enseignants. Toutefois, ils sont assurément liés à des dimensions profondes telles que l’unification de l’esprit et l’utilisation du corps.
5. Le Ninjutsu dans le monde contemporain
5.1 Les héritiers d’un patrimoine : Masaaki Hatsumi et le Bujinkan
Malgré la modernisation rapide du Japon, le Ninjutsu s’est transmis jusqu’à notre époque sans disparaître complètement. L’une de ses figures centrales est Masaaki Hatsumi, fondateur du Bujinkan. Il a reçu les enseignements secrets de plusieurs écoles de Toshitsugu Takamatsu, surnommé « le dernier véritable ninja », puis les a diffusés dans le monde sous la forme du Bujinkan.
Le Bujinkan enseigne de manière globale plusieurs écoles, dont le Togakure Ryū, le Gyokko Ryū, le Kotō Ryū et le Shinden Fudō Ryū, en associant techniques, stratégie, philosophie et éthique. Les séminaires du maître à l’étranger, appelés taikai (大稽古), ont notamment contribué à faire connaître largement le Ninjutsu hors du Japon.
5.2 La diversification des dojos et des enseignements
Aujourd’hui, on trouve dans le monde non seulement des dojos affiliés au Bujinkan, mais aussi des lignées comme le Genbukan (源武館) et le Jinenkan (自然舘), qui se sont développées de manière indépendante après s’être séparées de l’enseignement de Hatsumi.
Les styles d’enseignement sont variés : certains dojos privilégient une autodéfense pratique proche du combat de rue, tandis que d’autres mettent davantage l’accent sur les dimensions traditionnelles et spirituelles.
Moi-même (note d’Hervé : le « je » du texte désigne M. Jérôme Pailliette), je poursuis depuis 2006 à Kyoto une pratique dans la nature centrée sur le Togakure Ryū Ninpō, afin de préserver et de transmettre cet art martial :
« Après plus de 35 années de pratique sous la direction de Masaaki Hatsumi Daishihan, je souhaite transmettre ses enseignements en les adaptant au contexte contemporain. La richesse de l’environnement naturel de Kyoto offre un terrain idéal pour les déplacements discrets, l’utilisation souple du corps et le développement de la vigilance. Dans la forêt, un seul pas ou la sensation des feuilles mortes permet d’éprouver à quel point notre présence peut se manifester — ou s’effacer. Je poursuis ainsi ma démarche pour faire vivre aujourd’hui l’esprit et les techniques traditionnels reçus de mon maître. »
Cette pratique dans la nature permet, au moyen de situations idéales, de développer l’accord avec l’environnement, le jugement instantané et le silence intérieur qui constituent l’essence du ninja.
5.3 Ninjutsu et culture populaire
Aujourd’hui, les films, les mangas et les jeux vidéo ont fait du ninja une icône mondialement reconnue. Parmi les exemples célèbres figurent Naruto et les Tortues Ninja, dont les techniques spectaculaires de Ninjutsu et les coups décisifs séduisent un large public, des enfants aux adultes.
Certaines personnes sont cependant déconcertées par l’écart entre l’image véhiculée par ces œuvres et la réalité du Ninjutsu traditionnel. Moi-même, Jérôme, je rencontre souvent des personnes dont l’intérêt est né des mangas ou des anime. Leur transmettre la profondeur, l’histoire et la philosophie authentiques du Togakure Ryū Ninpō permet d’élargir leur compréhension du Ninjutsu dans son sens originel.
6. Le système d’entraînement du Ninjutsu : structure et progression
6.1 Un apprentissage progressif et adapté à chacun
Apprendre le Ninjutsu ne consiste pas simplement à mémoriser une liste de techniques. C’est une voie globale dont la véritable valeur se révèle par le perfectionnement physique et mental de soi. De nombreux dojos adaptent donc leur programme à l’âge, à la condition physique et aux objectifs de chacun, en proposant un enseignement individualisé.
L’entraînement commence par un échauffement, comprenant par exemple étirements et renforcement musculaire, puis aborde les postures, les frappes et les ukemi, avant de progresser vers les armes et des mouvements corporels avancés. La pratique en extérieur et dans la nature, au-delà de la salle, peut également constituer une partie importante de l’apprentissage.
6.2 Développer la vigilance et l’observation
Le Ninjutsu invite à porter son attention non seulement sur le dojo, mais aussi sur la vie quotidienne. Il est par exemple recommandé de prendre conscience de sa manière de marcher en ville, de la direction de son regard, de l’atmosphère environnante et des variations de température.
L’observation de son état intérieur compte également. Repérer les tensions physiques et les fluctuations émotionnelles, puis apprendre à les réguler, peut apporter des bénéfices importants, aussi bien dans le combat que dans la gestion du stress.
6.3 Randori et simulations pratiques
Au-delà du kata keiko, la pratique des formes, de nombreux dojos introduisent le randori, un travail proche d’échanges libres d’attaque et de défense. Il permet de développer les capacités d’application et d’improvisation.
Des exercices plus proches de situations réelles peuvent également être proposés : déplacements discrets de nuit ou en extérieur, simulations d’infiltration avec capteurs ou personnes jouant le rôle de sentinelles. Ils approfondissent la compréhension tactique et psychologique. Grâce à ces entraînements, on peut comprendre par l’expérience les notions de « vaincre sans être vu » et d’« exploiter l’angle mort de l’adversaire », qui font partie de l’intérêt profond du Ninjutsu.
7. Le sens de l’étude du Ninjutsu aujourd’hui
7.1 Autodéfense et acquisition de la confiance
Il n’est plus nécessaire, aujourd’hui, d’infiltrer le château d’un ennemi, mais le Ninjutsu conserve son utilité comme moyen de se protéger. Le Taijutsu comprend de nombreuses techniques adaptées à l’autodéfense : détourner la force de l’adversaire, appliquer une clé articulaire ou retirer une arme, notamment.
Le travail de ces techniques permet de développer naturellement la confiance et un jugement calme, et de cultiver un esprit moins sujet à la panique dans les situations tendues.
7.2 Discipline et développement personnel
Comme de nombreux arts martiaux, le Ninjutsu accorde de l’importance au processus d’amélioration de soi par une pratique continue. Au fil de l’entraînement, la patience, la courtoisie et la persévérance se développent et peuvent largement servir dans la vie quotidienne.
Le principe de nin, endurer, est également très bénéfique dans les études, le travail et les relations humaines. Il aide à aborder patiemment les difficultés présentes, sans se laisser emporter par une émotion passagère.
7.3 Recherche spirituelle et unité avec la nature
Le Ninjutsu comporte de nombreux éléments favorisant l’approfondissement spirituel, comme la pratique dans les montagnes et les forêts ou la méditation. Accueillir les forces de la nature et rechercher l’harmonie avec elles offre aussi un moyen précieux de retrouver le « silence intérieur » et le « lien avec la nature », facilement perdus dans une société moderne très active.
À travers ces pratiques, beaucoup de personnes portent un nouveau regard sur elles-mêmes et développent une vision plus riche de l’existence.
8. Comment commencer le Ninjutsu
8.1 Trouver un dojo ou un enseignant digne de confiance
La présence d’un enseignant ayant correctement reçu la tradition est indispensable à l’apprentissage du Ninjutsu. Recherchez un dojo appartenant à une organisation structurée comme le Bujinkan, le Genbukan ou le Jinenkan et, si possible, assistez à un cours ou participez à une séance d’essai.
Il importe de se renseigner sur le parcours de l’enseignant, son école et son approche pédagogique, afin d’évaluer leur adéquation avec vos objectifs et votre style.
8.2 Préparer sa tenue et son matériel, puis pratiquer régulièrement
Dans de nombreux dojos, les protections et la tenue ne sont pas définies aussi précisément qu’en karaté ou en judo, mais certains recommandent un vêtement d’entraînement noir, appelé keikogi ou dōgi. Pour les armes, la sécurité est généralement prise en compte par l’utilisation de sabres en bois, de lames factices en caoutchouc ou en plastique, et de shuriken d’entraînement.
Le plus important reste la régularité. Une répétition patiente est indispensable pour développer sa condition physique et sa souplesse, ainsi que pour comprendre pleinement les principes des techniques.
8.3 Étudier l’histoire et la philosophie
Le Ninjutsu ne repose pas uniquement sur des techniques physiques. L’étude du contexte historique et de la spiritualité, ainsi que la lecture de documents anciens et de réflexions sur les arts martiaux, permettent d’en approfondir la compréhension.
Il est également recommandé de découvrir les courants religieux et philosophiques liés au Ninjutsu, comme le Mikkyō et le Shugendō. Intégrer des habitudes telles que la méditation à son quotidien peut aussi contribuer au développement de l’équanimité et de la concentration.
9. Conclusion : ce qu’un art martial ancien interroge dans le présent
Sous l’influence des films et des anime, le mot « Ninjutsu » peut évoquer des actions spectaculaires et des techniques surhumaines. Pourtant, le Ninjutsu est en réalité un art martial qui unit le physique, le mental et le spirituel, et qui porte des notions profondes : « endurer », « vivre en harmonie avec l’environnement » et « protéger depuis l’ombre ».
Étudier le Ninjutsu aujourd’hui, c’est développer non seulement ses capacités physiques, mais aussi la connaissance de soi, l’attention à autrui et l’harmonie avec la nature. Les techniques et dispositions d’esprit cultivées dans les périodes de guerre ont évolué avec le temps, sans perdre l’esprit qui constitue leur cœur.
Le Ninjutsu fait l’objet d’un nouvel intérêt sous différents angles : pratique martiale efficace, entraînement mental pour traverser une société stressante, ou recherche philosophique enrichissant l’existence. Plutôt que d’affirmer que « le ninja vit dans l’obscurité », l’essence du Ninpō, ou Ninjutsu, ne serait-elle pas une voie permettant de reconnaître ses faiblesses et ses limites pour y découvrir une lumière ?
NinjutsuKyoto.com continue d’accompagner la transmission de ces arts anciens et leur mise en pratique dans la société contemporaine. Nous espérons que cet article aidera à mieux comprendre les multiples dimensions du Ninjutsu et incitera les personnes intéressées à découvrir un dojo ou ses textes. Approfondissez les ouvrages et engagez-vous dans la pratique auprès d’un enseignant pour éprouver la véritable profondeur du Ninjutsu. Au-delà du simple fait de « dissimuler sa présence », vous devriez y trouver une nouvelle lumière capable d’éclairer votre vie.
Références et lectures recommandées
Bansenshūkai (『万川集海』)
Une source représentative couvrant les stratégies, les ruses et la philosophie des ninja.
Ninpiden (『忍秘伝』)
Un ouvrage associé à Hattori Hanzō et à l’Iga Ryū, décrivant en détail les techniques de dissimulation et les principes de conduite.
Shōninki (『正忍記』)
Un ouvrage attribué à Natori Masazumi, approfondissant les méthodes psychologiques et l’éthique du shinobi.
Les ouvrages de Masaaki Hatsumi
Ils présentent les techniques, la philosophie et l’histoire des différentes écoles du Bujinkan. Les enseignements de Toshitsugu Takamatsu y sont également consignés.
Ouvrages consacrés au Mikkyō et au Shugendō

À toutes celles et ceux qui explorent la voie du ninja, je souhaite sincèrement un merveilleux voyage. Son essence n’est pas de devenir invincible, mais d’apprendre à se laisser guider par la lumière. Comme nous l’enseigne le **« Ninjutsu Hiketsubun » (忍術秘訣文)**, cela s’accomplit en se reliant à la nature nourricière et en possédant l’esprit du cœur (肝心要) et l’œil divin (神心神眼). Cette voie doit être parcourue avec joie, bonheur, sincérité, courage, humilité et discernement.

Les apparences, la recherche d’un statut sans valeur, l’ego, l’arrogance ou le désir de reconnaissance ne doivent pas entraver cette voie. Le véritable chemin consiste à cultiver le fudōshin (不動心) et à se consacrer à la maîtrise des techniques dans des situations réalistes, par une pratique personnelle quotidienne. Il repose sur les enseignements et les traditions de Toshitsugu Takamatsu et de Masaaki Hatsumi.
Telle est l’essence du Ninpō.
Jérôme Pailliette
Instructeur du dojo de Ninjutsu de Kyoto
