忍術京都・戸隠流忍法道場

Qu’est-ce que le Togakure Ryū Ninpō ?

Couverture du livre Togakure Ryū Ninpō de Masaaki Hatsumi, ornée de silhouettes martiales

Le Togakure Ryū Ninpō (戸隠流忍法) est l’une des plus anciennes écoles de Ninjutsu (忍術) et un art martial traditionnel japonais. Fort de plus de 900 ans d’histoire, il trouve ses origines à la fin de l’époque de Heian (794–1185). Depuis sa fondation, le Togakure Ryū se transmet de génération en génération. Il a continué d’influencer les samouraïs et les ninja durant les époques Sengoku (1467–1615) et Edo (1603–1868), et poursuit son essor jusqu’à aujourd’hui.

Décomposer l’étymologie de l’expression « Togakure Ryū Ninpō » permet d’en comprendre le sens.

  1. Togakure (戸隠) : il s’agit d’un nom de lieu japonais, désignant plus précisément le village de Togakure, dans la préfecture de Nagano. Le mot lui-même se compose ainsi :

    • 戸 : signifie « porte » ou « portail ».

    • 隠 : signifie « se cacher » ou « caché ».

    Ainsi, « Togakure » signifie « porte cachée » ou « entrée dissimulée », désignant un lieu invisible ou caché.

  2. Ryū (流) : ce caractère signifie « courant » ou « style ». Il désigne une tradition ou un système martial particulier transmis de génération en génération.

  3. Ninpō (忍法) :

    • 忍 : dérivé du verbe « shinobu », il signifie « endurer » ou « persévérer ». Il est également associé à des notions indispensables aux ninja, telles que le secret, la discrétion et la patience.

    • 法 : signifie « loi », « principe » ou « méthode ».

    Ainsi, « Ninpō » peut se traduire par « loi de la persévérance » ou « voie du ninja ».

Illustration en noir et blanc d’un personnage bondissant sur une pente montagneuse

En somme, « Togakure Ryū Ninpō » signifie étymologiquement « l’école de Ninjutsu de la porte cachée ». Cette expression reflète une tradition ninja née dans la région dissimulée de Togakure, mettant l’accent sur le secret, la persévérance et des arts martiaux spécialisés.

Origines et histoire du Togakure Ryū Ninpō

Le Togakure Ryū Ninpō est né dans les montagnes de Togakure (戸隠), situées dans l’actuelle préfecture de Nagano. Selon la légende, cette école fut fondée par Nishina Daisuke (仁科大助), un samouraï vaincu au combat à la fin de l’époque de Heian. Il se réfugia dans les montagnes de Togakure, où il rencontra un moine guerrier chinois, Kain Dōshi (開道士). Celui-ci lui enseigna des techniques de combat influencées par le taoïsme, associant les arts martiaux japonais aux pratiques spirituelles chinoises.

Ces techniques comprenaient la furtivité, l’espionnage et les stratégies de survie indispensables aux ninja opérant dans l’ombre. Cette combinaison singulière d’arts martiaux et de pratiques spirituelles forma les fondements du Togakure Ryū, transmis au fil des siècles.

Jérôme Pailliette tenant un sabre et des griffes de main devant les feuillages d’automne
NinjutsuKyoto 🇯🇵 Jérôme Pailliette 🥷 Instructeur de Togakure Ryū Ninpō à Kyoto

Caractéristiques du Togakure Ryū Ninpō

  1. Techniques secrètes : le Togakure Ryū transmet des compétences essentielles aux missions des ninja, telles que l’infiltration, le camouflage, la collecte de renseignements et les techniques de furtivité. Il comprend également des arts martiaux comme le Kenjutsu (剣術), le Bōjutsu (棒術) et le combat à mains nues. Cette école utilise des armes propres au Ninjutsu, notamment les Shukō (手鉤), les Senban Shuriken (旋盤手裏剣) et la sarbacane.

  2. Formation spirituelle : le Togakure Ryū accorde une grande importance à la formation spirituelle, au-delà des seules techniques physiques. Fortement influencée par le Shugendō, cette école comporte une pratique rigoureuse qui, à l’image de celle des yamabushi, cultive le calme intérieur et la persévérance en même temps que l’éveil spirituel.

  3. Harmonie avec la nature : la pratique du Togakure Ryū intègre les éléments naturels. Ses ninja utilisent l’environnement naturel pour mener leurs activités clandestines, survivre en plein air et accomplir leurs missions. Le lien avec la nature constitue un élément important de leur entraînement et de leur philosophie.

  4. Éléments religieux : le Togakure Ryū est profondément lié aux pratiques religieuses et au Shugendō. Les montagnes entourant Togakure, dans la préfecture de Nagano, sont connues depuis longtemps comme des lieux d’entraînement pour les ascètes. Cet environnement a influencé la pratique du Togakure Ryū, donnant naissance à un style singulier qui associe formation spirituelle et arts martiaux.

Jérôme Pailliette présentant des griffes de main fixées à ses deux paumes

Le Togakure Ryū Ninpō Happō Bikenjutsu (八法秘剣術) est une composante importante du Togakure Ryū et une méthode de sabre destinée aux pratiquants avancés. Littéralement traduit par « les huit principes secrets de l’art du sabre du Togakure Ryū », ce système comprend des techniques de sabre raffinées qui intègrent les dimensions physiques et spirituelles. Le Happō Bikenjutsu enseigne non seulement l’art du sabre, mais aussi des stratégies permettant d’exploiter habilement les faiblesses de l’adversaire grâce à la maîtrise de l’esprit et de l’énergie au moyen du ki.

Les huit principes sont gardés secrets et ne sont transmis qu’aux élèves avancés de l’école. Ces techniques dépassent le seul art du sabre : elles associent l’esprit et le ki pour constituer une approche globale du combat, dans laquelle les éléments spirituels jouent un rôle important dans l’issue de l’affrontement.

Histoire et contexte

Si le Togakure Ryū remonte à l’époque de Heian, ses techniques se sont particulièrement développées durant l’époque Sengoku. Fortement influencée par le Shugendō, cette école associe les aptitudes physiques acquises lors des pratiques ascétiques en montagne au Ninjutsu, créant une approche singulière qui privilégie la formation spirituelle et l’harmonie avec la nature.

Deux pratiquants s’entraînant avec des griffes de main dans un bois

Contenu technique

Jérôme Pailliette en posture basse, les mains levées, parmi les arbres en automne

Le Togakure Ryū Ninpō comprend différentes techniques de combat destinées à développer pleinement les capacités physiques et mentales des pratiquants. Ces techniques comprennent notamment :

  • Infiltration et camouflage : méthodes avancées permettant de pénétrer secrètement en territoire ennemi et d’y mener des opérations sans être découvert.

  • Collecte de renseignements : techniques de furtivité et d’espionnage permettant d’obtenir des informations importantes.

  • Arts martiaux :

    • Kenjutsu : techniques de sabre.

    • Bōjutsu : techniques de bâton.

    • Kusarigama (鎖鎌) : techniques utilisant une faucille munie d’une chaîne.

    • Shukō : griffes de main utilisées pour l’escalade et le combat rapproché.

    • Senban Shuriken : lames de jet possédant des tranchants dans quatre directions.

    • Sarbacane : sarbacane destinée à projeter des fléchettes empoisonnées.

    • Happō Bikenjutsu : système stratégique faisant appel à l’art du sabre, à l’esprit et au ki.

Ces techniques sont transmises de manière systématique par les Kata (型) et les Densho (伝書), assurant la transmission des enseignements du Togakure Ryū de génération en génération.

Rayons de soleil éclairant un sentier dans une forêt de cèdres

Le Togakure Ryū aujourd’hui

Jérôme Pailliette tenant un long bâton dans un bois

Aujourd’hui, le Togakure Ryū est étudié dans le cadre du budō et du Ninjutsu, et considéré comme un moyen de transmettre la culture ninja. Des maîtres tels que le pratiquant d’arts martiaux contemporain Masaaki Hatsumi ont joué un rôle important dans la diffusion des techniques du Togakure Ryū à travers le monde.

Le Togakure Ryū Ninpō ne se limite pas à un art martial : c’est une école ninja qui met l’accent sur la pratique spirituelle et l’harmonie avec la nature, tout en proposant une philosophie profonde. Comparé à d’autres écoles de Ninjutsu, comme celles d’Iga et de Kōga, il se distingue par sa lignée claire et continue. En effet, le Togakure Ryū Ninpō est la seule école ninja possédant une lignée bien documentée, attestée par des sources fiables telles que le « Bugei Ryūha Daijiten », un grand dictionnaire des arts martiaux traditionnels japonais.

Cette lignée ininterrompue commence avec Nishina Daisuke, fondateur du Togakure Ryū, puis passe par Toda Shinryūken Masamitsu et Takamatsu Toshitsugu, pour parvenir au maître Masaaki Hatsumi, 34e sōke. À la différence des écoles ninja d’Iga et de Kōga, dont la transmission est souvent entourée de mystère et d’ambiguïté, la tradition du Togakure Ryū Ninpō s’est transmise de manière constante, garantissant l’authenticité et la fidélité de ses enseignements au fil des générations.

Montage de couvertures de livres martiaux avec le texte Togakure Ryū Ninpō Taijutsu
Togakure Ryū Ninpō

Références bibliographiques

Sources : d’après les ouvrages de maître Masaaki Hatsumi « Togakure Ryū Ninpō Taijutsu » (戸隠流忍法体術) et « Sengoku Ninpō Zukan » (戦国忍法図鑑).

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